Agriculture régénératrice : définition et 5 piliers pour bâtir des sols vivants

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Écrit par Lise

L'agriculture régénératrice (ou agriculture régénérative) désigne un ensemble de pratiques agricoles qui visent à restaurer la santé des sols plutôt qu'à simplement limiter leur dégradation. Elle repose sur cinq piliers complémentaires, du couvert végétal à la réduction du travail du sol, que chaque agricultrice ou agriculteur peut activer progressivement selon son exploitation. Chez ReSoil, ces pratiques sont au cœur des projets agricoles que nous finançons avec les entreprises, via le Label bas-carbone.

Qu'est-ce que l'agriculture régénératrice ?

L'agriculture régénératrice est une approche agricole qui place la santé du sol au centre de la stratégie de l'exploitation, avec pour objectif de restaurer les écosystèmes plutôt que de simplement réduire l'impact de l'activité agricole sur eux. Contrairement à l'agriculture biologique, encadrée par une réglementation européenne précise, elle ne repose sur aucun cahier des charges ni label officiel : c'est une obligation de résultat, pas de moyens.

D'après l'association Regeneration International, les pratiques agricoles dites régénératrices doivent :

  • Restaurer la fertilité et la santé des sols, via l'augmentation de la matière organique et une meilleure structure ;
  • Favoriser la rétention de l'eau et préserver la qualité des ressources en eau ;
  • Préserver la biodiversité et renforcer la résilience des écosystèmes aux aléas climatiques ;
  • Atténuer le changement climatique, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en favorisant le stockage du carbone dans les sols (jusqu'à 50 tC/ha, 80 tC/ha pour les prairies).
Un sol agricole régénéré peut stocker jusqu'à 80 tonnes de carbone par hectare.
Source : Regeneration International.

Quels sont les 5 piliers de l'agriculture régénératrice ?

L'agriculture régénératrice s'organise autour de cinq piliers interdépendants, applicables à l'échelle de toute l'exploitation. C'est le cadre que ReSoil utilise pour accompagner ses agriculteurs partenaires dans leur transition.

PilierEn quoi ça consisteLevier principal
1. Couverture maximale des solsNe jamais laisser un sol nu, en interculture comme en cultureCouverts végétaux
2. Diversification et allongement des rotationsSortir des rotations courtes (blé-orge-colza) pour des rotations de 4 à 5 ansCultures intermédiaires, légumineuses
3. Réduction du travail du solLimiter voire supprimer le labour pour préserver la vie biologique du solTechniques Culturales Simplifiées, semis direct
4. Réduction des intrants chimiquesSubstituer les engrais minéraux et les phytosanitaires de synthèseEngrais organiques, désherbage mécanique
5. Réintégration des infrastructures agro-écologiquesRéintroduire haies, bandes fleuries et mares dans le paysage agricoleCorridors écologiques, bois raméal fragmenté

1. Pourquoi et comment couvrir les sols en interculture ?

Un couvert végétal est une culture semée en interculture et restituée au sol plutôt que récoltée. Il protège le sol de l'érosion, limite les fuites de nitrates vers les nappes phréatiques et restitue de la matière organique une fois détruit. Les légumineuses du couvert (trèfle, féverole) fixent l'azote atmosphérique et réduisent d'autant le recours aux engrais de synthèse. Deux fenêtres sont possibles : l'interculture courte (2 à 3 mois, entre deux cultures d'hiver) et l'interculture longue (plus de 3 mois), qui permet des couverts multi-espèces plus riches en biomasse.

Pour aller plus loin : Couverts végétaux, définition et intérêts pour la lutte contre le réchauffement climatique

2. Pourquoi et comment diversifier et allonger les rotations culturales ?

Sortir de la monoculture ou des rotations courtes limite la propagation des maladies et des adventices, réduit les besoins en intrants et répartit le risque économique de l'exploitation entre plusieurs cultures. Une rotation équilibrée associe une tête de rotation qui enrichit le sol (légumineuse, luzerne), un corps de rotation plus exigeant (blé, colza) et une fin de rotation nettoyante (sarrasin, seigle).

Pour aller plus loin : La diversification culturale, un pilier essentiel de l'agriculture régénérative

3. Pourquoi et comment réduire le travail du sol ?

Le labour conventionnel retourne la terre jusqu'à 30 cm de profondeur. Il expose le sol à l'érosion, perturbe la vie biologique (vers de terre, champignons) et consomme davantage de carburant, jusqu'à 10 litres de fioul par hectare contre 2 litres en semis direct. Les Techniques Culturales Simplifiées (travail superficiel, strip-till, semis direct) permettent de réduire progressivement cette intervention, sans nécessairement l'arrêter du jour au lendemain.

4. Pourquoi et comment réduire les intrants chimiques ?

Les engrais minéraux de synthèse représentent une part importante des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole, notamment via leur fabrication à partir de gaz naturel. Les substituer par des engrais organiques (fumier, digestat, compost) améliore la fertilité du sol tout en réduisant la dépendance de l'exploitation au prix du gaz. Côté phytosanitaires, le désherbage mécanique, les plantes compagnes et la technique du bas volume permettent d'en réduire l'usage sans y renoncer intégralement.

Pour aller plus loin : Les engrais organiques, un des piliers de l'agriculture régénérative et Impact des pesticides sur la biodiversité et leviers d'action

5. Pourquoi et comment réintégrer des infrastructures agro-écologiques ?

Haies, bandes fleuries, mares et bosquets constituent des infrastructures agro-écologiques (IAE). Elles augmentent la biodiversité, forment des corridors écologiques entre les parcelles et limitent l'érosion. La Politique Agricole Commune impose un minimum de 4 % de la surface agricole en IAE. Le bois issu des haies, une fois fragmenté (BRF), peut même être restitué au sol comme apport de matière organique.

Pour aller plus loin : Jachère, définition et lien avec la biodiversité

Quels sont les bénéfices concrets de l'agriculture régénératrice pour les agriculteurs ?

En plaçant le sol au centre du système, l'agriculture régénératrice génère des externalités positives à trois niveaux :

  • Économique : réduction des coûts d'intrants (engrais, carburant) et, selon une étude WBCSD/BCG d'août 2023, une hausse des profits d'environ 120 % après la transition, comparé aux pratiques conventionnelles.
  • Agronomique : meilleure fertilité des sols et réduction de l'érosion pouvant atteindre 90 % selon l'Université de l'Ohio, ainsi qu'une meilleure résistance aux sécheresses.
  • Environnemental : préservation de la biodiversité et contribution au stockage du carbone dans les sols.
Selon le WBCSD et le BCG, la transition vers l'agriculture régénératrice peut augmenter les profits des exploitations d'environ 120 %.
Source : WBCSD / BCG, août 2023.

Comment l'agriculture régénératrice s'articule-t-elle avec le financement carbone ?

Les projets d'agriculture régénératrice ont la particularité de générer à la fois des crédits d'évitement et de séquestration carbone, grâce aux multiples interactions entre ces pratiques et le cycle du carbone. C'est le principe du Label bas-carbone, qui certifie ces réductions et ces stockages à l'échelle de la parcelle. Chez ReSoil, cette transition est financée par des entreprises qui achètent des crédits carbone certifiés, avec un minimum de 75 % du montant reversé directement à l'agricultrice ou l'agriculteur.

Pour aller plus loin sur le financement : Tout comprendre aux crédits carbone.

En quoi l'agriculture régénératrice diffère-t-elle de l'agroécologie, de l'agriculture biologique et de l'agriculture de conservation ?

Ces termes se recoupent souvent dans le langage courant, mais ne désignent pas la même chose :

TermeCadreParticularité
Agriculture régénératriceAucun label officiel, obligation de résultatObjectif : restaurer activement les sols et les écosystèmes
Agriculture biologiqueRéglementation européenne (interdiction pesticides et engrais de synthèse)Obligation de moyens, cahier des charges précis
AgroécologieDiscipline scientifique et mouvement plus largeApproche systémique, dont l'agriculture régénératrice est une déclinaison opérationnelle
Agriculture de conservation3 piliers : couverture, rotation, non-travail du solSe concentre sur les pratiques culturales, sans les volets biodiversité et intrants

Une exploitation peut cumuler plusieurs de ces approches, être à la fois biologique et régénératrice par exemple, mais ce n'est pas systématique.

Pour aller plus loin : Agroécologie et agriculture régénératrice, quelles différences ?

Quels sont les freins à la transition vers l'agriculture régénératrice ?

Seules 3 % des exploitations françaises en grandes cultures pratiquent aujourd'hui l'agriculture de conservation, selon l'APAD. La transition, qui dure en moyenne 3 à 5 ans, se heurte à trois types de freins : psychologiques (accepter une baisse de rendement temporaire), financiers (nouveau matériel, coût des couverts) et techniques (besoin d'accompagnement agronomique). C'est précisément ce que le financement carbone permet de sécuriser.

FAQ agriculture régénératrice

Agriculture régénératrice ou agriculture régénérative, quelle différence ?

Aucune. "Agriculture régénérative" est un anglicisme direct de regenerative agriculture ; les deux termes désignent la même approche.

Existe-t-il un label agriculture régénératrice ?

Non, il n'existe à ce jour aucun label officiel. L'association Pour une Agriculture du Vivant (PADV) propose un Indicateur de Régénération qui peut servir de base à un cahier des charges.

Combien de temps dure la transition vers l'agriculture régénératrice ?

Il faut compter en moyenne 3 à 5 ans, le temps que le sol reconstitue sa fertilité et sa vie biologique.

Quel est le lien entre agriculture régénératrice et crédit carbone ?

Les pratiques régénératrices génèrent à la fois des réductions d'émissions et du stockage de carbone dans les sols, ce qui permet de les valoriser sous forme de crédits carbone certifiés par le Label bas-carbone.

L'agriculture régénératrice fait-elle baisser les rendements ?

Une baisse temporaire est possible pendant la phase de transition, mais les études (WBCSD/BCG) montrent une hausse des profits à moyen terme, portée par la baisse des charges d'intrants.

Passer à l'action

Chez ReSoil, nous accompagnons les agricultrices et agriculteurs dans cette transition, en identifiant avec eux les leviers les plus pertinents pour leur exploitation, et en la finançant via les crédits carbone du Label bas-carbone.

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