Comment ReSoil garantit-il la fiabilité de ses crédits carbone agricoles ?

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El Niño 2026 : comprendre son impact sur les bassins de production agricoles mondiaux

10 minutes
Écrit par Alexandra

Seulement deux ans après son dernier épisode, un nouvel El Niño est attendu cette année, et risque d’être d’une ampleur particulièrement importante.

Historiquement, El Niño a été identifié par des pêcheurs sud-américains ayant constaté un réchauffement inhabituel des eaux de l’océan Pacifique. En effet, alors que ceux-ci bénéficiaient habituellement des courants froids remontant des eaux profondes du nord et de l’ouest, ils remarquaient occasionnellement des changements de température. La pêche locale était alors pénalisée par l’arrivée des eaux chaudes des tropiques. Les premiers écrits scientifiques décrivant ce phénomène remontent à la fin du XIXe siècle. Cependant des signes bien plus anciens de ce réchauffement périodique ont été découverts dans certains indicateurs datant de la dernière ère glaciaire. Cet évènement est donc un phénomène naturel, qui se reproduit régulièrement depuis maintenant plusieurs centaines de milliers d’années.

El Niño 2026

Explications scientifiques du phénomène

Phénomène complémentaire à La Niña, c’est un processus qui se reproduit tous les 2 à 7 ans et dure généralement entre 9 et 12 mois. El Niño (phase chaude), La Niña (phase froide) et une phase temporairement neutre, s’alternent constamment.

Concrètement, ces cycles provoquent des modifications dans certaines parties du Pacifique. Pendant un El Niño, on assiste à un affaiblissement des vents dans le Pacifique est, accompagné d’une hausse de la température des eaux en surface. Ces anomalies sont accompagnées d’une sécheresse marquée à l’ouest du Pacifique.

Schéma de la circulation de Walker / Source : NOAA

Durant La Niña, le phénomène est strictement inversé.  

Il est désormais possible d’anticiper l’arrivée d’un El Niño plusieurs mois à l’avance, grâce à un ensemble de processus de surveillance. Cependant, bien que ce soit l’un des plus importants phénomènes météorologiques terrestre, le mécanisme de déclenchement de ce phénomène reste pour l’heure un mystère scientifique.

Les signes précurseurs pour 2026

D’après les analyses actuelles de spécialistes, de nombreux indicateurs représentatifs du phénomène s’accordent sur l’arrivée d’un El Niño.

En effet, certaines zones du Pacifique, caractéristiques de El Niño, sont marquées aujourd’hui par de fortes anomalies de températures. En parallèle, la surveillance de la température de l’océan en profondeur, met en lumière l’apparition d’un réchauffement allant jusqu’à +10°C dans certaines régions du Pacifique. Les vents, précipitations, et la pression atmosphérique retrouvent également leurs tendances typiques d’El Niño.

La concordance de l’ensemble de ces indicateurs laisse prédire un phénomène à fort impact, qui pourrait dépasser (d’ampleur) les précédents évènements depuis 1950. Certains parlent alors d’un « Super El Niño ».

Les conséquences attendues

Alors qu’El Niño est responsable de nombreuses perturbations directes sur l’océan Pacifique, il lui est attribué également différents impacts indirects à travers le globe qu’on appelle « téléconnexions ». Cela désigne le mécanisme par lequel le phénomène El Niño influence les conditions météorologiques dans des régions très éloignées. Les précédents épisodes ont provoqué de nombreuses catastrophes: incendies, sécheresses, inondations et ouragans. En 1982-1983, des pluies torrentielles avaient touché la Californie, la Floride, l’Equateur et le Pérou. En parallèle l’Australie, l’Indonésie, l’Ethiopie et l’Afrique du Sud connaissaient la sécheresse ; tandis que des cyclones tropicaux frappaient la Polynésie française.

Anomalies de précipitations liées à El Niño dans le monde / Source:  OMM

Au vu des épisodes passés, il est désormais possible d’anticiper les répercussions d’El Niño à travers le monde. Vers le Pacifique équatorial et oriental, une couche d’eau de surface se forme : plus épaisse et plus chaude que d’habitude, ce qui entraine une raréfaction du phytoplancton et cause de grandes difficultés pour la pêche locale. De plus, les eaux chaudes des océans, l’humidité, et les vents puissants causés par El Niño encouragent la création de tempêtes tropicales et d’ouragans. Sur les côtes ouest de l’Amérique du Nord et du Sud, les précipitations augmentent, et l’Amérique centrale et du Sud connaissent des températures élevées. Le Nord / Nord-Est de l’Amérique du Sud, lui, fait face à des conditions très sèches. En Amazonie, durant l’épisode 2023-24, certains sites ont enregistré leur plus faible niveau de précipitations en saison sèche.

Le Pacifique occidental connaît des conditions arides, particulièrement en Asie du Sud-Est et Australie. En Afrique, les répercussions sont hétérogènes : l’Afrique australe subit une sécheresse marquée, tandis que l’Afrique de l’Est fait face à des précipitations abondantes.

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Nb : El Niño n’est pas dû ni lié au réchauffement climatique. Cependant, ce phénomène accentue la hausse globale des températures. Bien qu’il se déclenche indépendamment, son effet se cumule à celui de la hausse globale des températures, et provoque alors des épisodes historiques. Ainsi, au-delà du réchauffement climatique, El Niño est responsable de certaines des années les plus chaudes jamais enregistrées.

Les conséquences sur l’agriculture

A l’échelle mondiale

Certains analystes se sont intéressés aux écarts de rendements par région entre les années El Niño et la moyenne mobile sur 5 ans. Bien que les rendements soient localement impactés, GEOGLAM estime que les productions ne varient que très peu à l’échelle mondiale (2% en moyenne). En effet, pour la plupart des cultures, la baisse de la production dans une région est compensée par une hausse de la production autre part.

Anomalies de rendements liées à El Niño, observés dans les principales régions de production / Source : GEOGLAM

Si l’on se penche plus spécifiquement sur les cultures impactées :

Blé : on remarque que les impacts sont principalement visibles en Australie, où les conditions sèches ont tendance à pénaliser fortement les rendements. Les analyses GEOGLAM des derniers El Niño projettent une baisse de 20 % des rendements dans cette zone, et ce, alors que l’Australie reste le troisième exportateur mondial de blé. Cependant, l’étude montre également que lors des deux derniers El Niño forts, les rendements de blé en Australie étaient proches de la normale, traduisant la forte variabilité des répercussions. Les deux plus grands exportateurs (Russie et Union Européenne) ne voient pas leur rendement moyen impacté.

Maïs : d’après GEOGLAM, l’Amérique du Sud et les Etats-Unis sont impactés plutôt positivement (+5 % à +10 % selon les régions). Les conditions chaudes et humides stimulent la production, tout particulièrement dans la Corn Belt américaine et en Argentine. Les Etats-Unis, plus grand exportateur de maïs, couvrent plus de 30% de la production mondiale et exportent plus de 80 MT par an. L’Argentine, exportatrice de 41 MT de maïs en 2025, connaît en moyenne une hausse de 30 % de sa production en années El Niño. Le Brésil s’impose également comme grand exportateur de maïs avec 39,5 MT exportées en 2025, mais pourrait connaître des récoltes difficiles. Situé plus à l’est, le pays risque d’être confronté à des températures élevées et un déficit hydrique pendant les semis, pénalisant pour les rendements. L’Afrique australe reste la région la plus impactée, avec des écarts de rendement avec la moyenne d’environ -15% à -20% en années El Niño. D’après la FAO, en 2015-2016, la récolte de maïs sud-africaine avait chuté de 30%. L’Inde et l’Europe, risquent également de connaître des baisses de rendement, allant de -5% à -10% en moyenne. Alors que l’Inde et l’Afrique sont fortement pénalisés, leur impact sur le commerce international reste minime (en importations comme en exportations). Cependant, une chute de la production locale peut pousser des pays traditionnellement autosuffisants à se tourner vers plus d’importations, stimulant ainsi la demande internationale.

Soja : les rendements ont tendance à se situer à 1,5% voire 2% au-dessus de la moyenne. Les trois plus grands exportateurs de soja dans le monde sont dans l’ordre : le Brésil, les Etats-Unis et l’Argentine. Alors qu’historiquement, les Etats-Unis et l’Argentine ont vu leur production stimulée par El Niño, les résultats au Brésil sont plus contrastés. Pour le pays (responsable de plus de 40 % de la production mondiale), les conditions s’annoncent variables selon les régions : stimulée dans le sud et pénalisée dans le centre. La production nationale reste ainsi globalement stable par rapport aux années hors El Niño. L’Inde et le sud de l’Afrique voient leurs rendements significativement impactés par les sécheresses.

Cependant, les impacts et téléconnexions peuvent être très variables d’une année à l’autre. Ces prévisions restent probabilistes et se basent sur des données historiques permettant d’estimer les répercussions du phénomène. Globalement nous pouvons nous attendre à des modifications des flux commerciaux des matières premières à l’international. La production mondiale n’a jamais été très fortement pénalisée, mais les régions productrices risquent de connaître des changements. Cette hausse de l’incertitude risque de favoriser la volatilité des cours et entrainer potentiellement une hausse des prix. En 2023-2024, alors que l’Inde avait rencontré des difficultés de production, les restrictions d’exportations du pays avaient contribué à faire grimper les prix du riz de 22%.

En France

L’Europe n’est généralement pas directement affectée par les conditions d’El Niño. Bien que le phénomène soit globalement associé à un climat plus chaud, il est difficile d’établir un lien tangible entre les deux. Alors qu’un réchauffement global est déjà observé en France et en Europe, le changement climatique demeure une explication. En effet, les téléconnexions restent faibles (seulement environ 4 % de la variabilité des précipitations serait attribuable au phénomène). On observe cependant des corrélations : les étés El Niño tendent à être plus chauds, ensoleillés et secs, tandis que les hivers montrent souvent un début plus doux et pluvieux. L’été 2026 a suivi ce schéma, avec une anomalie de température de +3,6°C par rapport aux normales de référence.

Ainsi, les incertitudes reposent majoritairement sur la hausse de la volatilité des marchés. En effet, même si la France ne connaît pas de variation de conditions météorologiques directement liées à El Niño, l’impact mondial entraînera des répercussions sur le marché français. Les incertitudes croissantes liées à El Niño dans différents bassins de production mondiaux risquent de causer de fortes variations de prix. A l’international, les cours des céréales, oléagineux, lait, viande, … ne seront alors pas épargnés et pourront se répercuter rapidement sur le marché européen. La Banque centrale européenne estime qu’un événement intense pourrait faire grimper les prix mondiaux des denrées alimentaires de près de 9 %. Ainsi, même si El Niño ne soulève pas de problématique de rendement chez les agriculteurs, le prix de vente de leur production reste un biais susceptible d’impacter la rentabilité.

Conclusion

Le phénomène El Niño est donc un processus naturel. Celui-ci perturbe l’ensemble de la planète via ses téléconnexions, et impacte significativement le secteur agricole. Certains pays voient leurs conditions météorologiques changer, et impacter ainsi les rendements alors qu’ils ne sont pas forcément préparés à affronter de tels aléas. Certains organismes appellent alors à anticiper les potentiels dégâts, en proposant des semences plus résistantes ou en prévoyant les risques sanitaires liés à ce phénomène. Alors que le réchauffement climatique démontre ses effets de plus en plus marqués, ce type d’évènement a un impact de plus en plus fort. L’agriculture doit désormais trouver plus de résilience pour faire face à des aléas de plus en plus fréquents et puissants. Dans ce contexte, l’agriculture de régénération prend tout son sens.

Soigner ses sols aujourd’hui permet de gagner en résilience, et favoriser la résistance à la sécheresse, au stress hydrique et aux épisodes climatiques extrêmes, tout en préservant leur fertilité et leur capacité à produire durablement. ReSoil aide les agriculteurs à faire évoluer leurs pratiques en fonction des conditions climatiques, en mesurant, accompagnant, et finançant la transition vers une agriculture plus durable et régénératrice. Contactez-nous pour échanger à ce sujet !

PRDV LUC
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