Regard des consommateurs sur les primes filières bas carbone

28 janvier 2026

- par
Espérance

Des consommateurs favorables à une alimentation plus durable, mais contraints par le prix

Depuis plusieurs années, les enquêtes de FranceAgriMer, menée par l’institut CSA (FranceAgriMer), mettent en évidence une tendance stable : les consommateurs français expriment des attentes fortes vis-à-vis de leur alimentation. Ils se disent attentifs à la qualité des produits, à leur origine et à leur impact environnemental.

Dans un contexte d’inflation durable depuis 2022, le prix est redevenu un critère central de décision d’achat, progressant de 13% entre 2021 et 2023 (Figure 1). Les arbitrages budgétaires pèsent directement sur la capacité des ménages à privilégier des produits perçus comme plus durables.

Graphique illustrant l'importance du prix dans les habitudes d'achats des consommateurs
Figure 1 : Évolution de l’importance du prix dans les habitudes d’achats des consommateurs  (©ReSoil, 2026 | FranceAgriMer – Baromètre de confiance Fruits & Légumes 2021–2024)

Par ailleurs, les consommateurs accordent une importance particulière à des repères simples et concrets : origine des produits, saisonnalité, fraîcheur, naturalité. Ces éléments sont perçus comme directement liés à la qualité et à la confiance.

À l’inverse, les sujets environnement sont plus difficiles à mobiliser, se dépriorisant : passant du top 3 des préoccupations de 1 Français sur 3 en 2024, à 1 Français sur 4 en 2025 (Baromètre GreenFlex-ADEME de la Consommation Responsable, 2025).

Comme le souligne Florence Bray dans « Les Français et l’alimentation », la préoccupation environnementale est bien réelle, mais elle est rarement citée comme le premier déclencheur d’achat. Le climat est davantage perçu comme un enjeu global, affectant l’avenir de l’alimentation, que comme un critère immédiatement opérationnel en rayon.

Des primes filières bas carbone largement invisibles pour le consommateur

Les primes filières bas carbone s’inscrivent pleinement dans cette réalité. Par construction, ce sont des mécanismes amont, conçus pour accompagner les agriculteurs et les filières dans la transition de leurs pratiques. Il s’agit de rémunérations complémentaires versées aux producteurs qui mettent en œuvre des pratiques réduisant les émissions de gaz à effet de serre ou améliorant le stockage de carbone dans les sols.

Ces primes ne sont pas des crédits carbone à proprement parler, mais des dispositifs économiques internes aux filières, souvent décidés par des coopératives ou des entreprises agro-alimentaires, comme le rappelle l’analyse publiée par Agra Presse sur les filières bas carbone.

À titre d’exemple, la coopérative sucrière Tereos annonce en octobre 2025 avoir versé plus de 800 000 € de primes filières bas carbone à environ 400 coopérateurs, afin de valoriser des pratiques agricoles réduisant les émissions et améliorant la qualité des sols (La France Agricole).

Ces dispositifs présentent une caractéristique majeure : ils ne sont pas visibles sur le produit final. Ils ne prennent pas la forme d’un logo ou d’un label reconnu par le consommateur et ne font pas partie de l’expérience d’achat en magasin. Il n’est donc pas surprenant que le consommateur moyen n’en ait pas connaissance.

Cette invisibilité est renforcée par un constat plus général : la compréhension des labels environnementaux reste limitée. Une enquête nationale de l’ADEME) montre que, si une majorité de Français déclare avoir déjà vu des labels environnementaux, une part importante ne sait pas précisément ce qu’ils recouvrent ni comment les comparer. Cette difficulté de lecture est également soulignée dans une tribune publiée par Les Échos, qui rappelle que la multiplication des labels écologiques nuit à leur lisibilité et limite leur impact réel sur les décisions d’achat des consommateurs (Les Échos, 2024).

Un intérêt du consommateur pour le climat réel, mais rarement décisif à l’achat

Les recherches menées en France et à l’international confirment un phénomène bien documenté : le décalage entre les intentions et les comportements d’achat.

Les travaux du Carbon Trust montrent que les consommateurs déclarent majoritairement vouloir réduire leur impact environnemental, mais que le carbone, pris isolément, influence peu la décision d’achat lorsqu’il implique un surcoût ou une information complexe.

Ce constat est renforcé dans un contexte inflationniste. Les analyses de Kantar, notamment dans le podcast « Les labels en grande consommation » (Kantar, 2022), indiquent que la présence de labels est largement intégrée dans les attentes des consommateurs, sans pour autant constituer un levier suffisant pour accepter un prix plus élevé.

Près de 30 % des Français estiment qu’aucun des labels ou mentions testés ne justifie de payer plus cher, ce qui limite fortement l’impact des démarches environnementales sur l’acte d’achat (Web-Agri).

Les études montrent toutefois que l’information carbone peut jouer un rôle à certaines conditions : lorsqu’elle est claire, comparative, portée par un tiers de confiance et intégrée dans un récit plus large associant qualité, origine et juste rémunération des producteurs engagés dans la transition. À l’inverse, un message centré uniquement sur le carbone, sans bénéfices concrets et lisibles pour le consommateur, reste peu mobilisateur (Edenbrandt et al., 2025).

Balance d'arbitrage d'achat des consommateurs s'orientant vers le prix, le budget, l'inflation
Illustration de l’arbitrage réel des consommateurs à l’achat (©ReSoil, 2026)

Ce que cela signifie pour les filières grandes cultures

Ces constats convergent vers une conclusion claire : les primes filières bas carbone ne sont pas pensées comme des outils de valorisation directe auprès des consommateurs, mais comme des leviers de transition agricole en amont des filières.

Elles permettent de sécuriser l’engagement des agriculteurs, de financer des changements de pratiques et de répondre aux objectifs climatiques des acteurs de l’aval. Pour le consommateur, leur valeur ne peut émerger qu’indirectement, à condition qu’elles s’inscrivent dans une démarche de filière cohérente, traduite par des signaux simples, crédibles et compréhensibles.

Cette limite est d’autant plus forte que la compréhension des labels reste partielle : selon une analyse relayée par Stéphane Jambu (Hi-Commerce), seuls environ 50 % des consommateurs comprennent correctement les labels environnementaux, ce qui réduit leur capacité à orienter leurs choix.

Autrement dit, le consommateur n’a pas besoin de connaître le mécanisme précis des primes filières bas carbone. Il a avant tout besoin de faire confiance au produit et à la filière qui les portent.

Illustration de la part de prime visible par le consommateur de l'amont à l'aval
Primes bas carbone : une valeur construite en amont, perçue en aval (©ReSoil, 2026)

En synthèse : La prime filière bas carbone un levier structurel, pas un argument marketing direct

Les travaux disponibles montrent que les primes filières bas carbone ont un impact pas encore complétement intégré et indirect sur les perceptions des consommateurs. Elles ne constituent ni un critère de choix explicite, ni un levier d’achat en tant que tel, en particulier dans un contexte de forte sensibilité au prix.

Ces dispositifs jouent avant tout un rôle structurel au sein des filières : ils permettent d’accompagner les agriculteurs dans l’évolution de leurs pratiques et de répondre aux objectifs climatiques des acteurs économiques de l’aval. Leur contribution à la perception des produits par les consommateurs repose donc sur des effets indirects, via la cohérence globale des démarches de filière.

Dans ce cadre, l’enjeu n’est pas de rendre visibles des mécanismes techniques complexes, mais de s’assurer que les engagements climatiques des filières soient lisibles, crédibles et cohérents avec les repères déjà mobilisés par les consommateurs (origine, qualité, confiance).

Chez ReSoil, nous savons que la biodiversité est un facteur de décision d’achat de plus en plus important. C’est pourquoi nos indicateurs suivent non seulement le carbone stocké dans les sols, mais également la biodiversité et la santé des écosystèmes agricoles. Ces cobénéfices biodiversité sont mis en avant dans nos rapports de diagnostic carbone, offrant aux filières un levier concret pour valoriser leurs pratiques durables et renforcer la lisibilité et la crédibilité de leurs démarches auprès des consommateurs.

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