Comment se fixe le prix d'un crédit carbone du Label bas-carbone ?


Reprenons la définition d'un crédit carbone : une unité de mesure qui correspond à la réduction des émissions ou à la capture d'une tonne de CO2, ou d'un autre gaz à effet de serre équivalent. Si un crédit carbone correspond toujours à 1 tonne de CO2 stockée ou non émise, pourquoi son prix varie-t-il autant d'un projet à l'autre ? C'est la question à laquelle on répond ici. Pour les moyennes de marché par standard et par année, direction notre article Tout comprendre aux crédits carbone, qui fait le point complet sur le sujet.
I. Le prix minimum viable d'un crédit carbone
Rappelons-nous que le principe de l'additionnalité financière stipule que sans le financement via la vente de crédits carbone, le projet n'aurait pas pu se faire, et les tonnes de GES réduites n'auraient pas été réduites. Le prix minimum d'un crédit carbone doit donc permettre la viabilité économique du projet. Autrement dit :
Prix minimum d'un crédit carbone = (Investissements + coûts opérationnels du projet + coûts de certification − autres revenus) ÷ nombre total de crédits carbone générés sur la durée du projet.
Les coûts opérationnels intègrent aussi le manque à gagner lié aux évolutions de pratiques. Par exemple, dans un projet agricole, les légumineuses ont en général une marge brute plus faible que celle du blé (environ 25% de moins pour le pois par rapport au blé tendre, selon un document de la chambre d'agriculture de Mayenne). Introduire des légumineuses dans sa rotation en réduisant ses surfaces de céréales réduit donc, d'un point de vue purement économique, la marge de l'exploitation. C'est ce manque à gagner réel qui doit être intégré au calcul, et donc reflété dans le prix minimum du crédit.

II. Les facteurs qui font varier le prix autour de ce minimum
Au-delà du prix minimum viable, plusieurs facteurs propres au projet influencent le prix final :
- La certification : Label bas-carbone, Gold Standard, Verra... chaque standard porte un niveau de confiance différent.
- La zone géographique : elle influence à la fois les coûts du projet et la volonté de payer d'un acheteur. De nombreuses entreprises sont prêtes à payer plus cher un projet à proximité de leur lieu d'activité, le côté local étant un élément qu'elles valorisent dans le prix.
- La typologie de projet : entre un projet agricole et un projet d'énergie renouvelable, le prix diffère, notamment parce que le projet d'énergie propre génère une source de revenus additionnels (la vente d'énergie) qui vient réduire le prix minimum viable du crédit.
- Les co-bénéfices socio-environnementaux : au-delà du carbone, un projet qui améliore la qualité de l'eau ou réduit l'usage de pesticides sera mieux valorisé par les acheteurs.
- Crédit de séquestration ou d'évitement : les entreprises valorisent en général mieux les crédits de séquestration que ceux d'évitement. Le référentiel Net Zero Initiative de Carbone 4 distingue d'ailleurs clairement les émissions évitées (pilier B) des émissions négatives liées à l'augmentation des puits de carbone (pilier C), une distinction également reprise par la SBTi.
- Crédit ex-ante ou ex-post : un crédit est dit ex-ante lorsqu'il est délivré avant même que la réduction ou le stockage ait eu lieu. À l'inverse, il est ex-post lorsque la réduction a déjà été réalisée et mesurée.
À ces facteurs internes s'ajoutent des facteurs externes au projet :
- La loi de l'offre et de la demande : le marché volontaire n'est pas un marché coté, les transactions se font de gré à gré, mais il reste soumis à cette loi selon les périodes.
- Le volume de crédits achetés : certaines entreprises négocient un rabais en contrepartie d'un achat en volume important.
- Le nombre d'intermédiaires : plus il y a d'acteurs qui prennent une commission sur le projet, plus le prix du crédit est élevé, et moins la part reversée au porteur de projet est importante. Certains intermédiaires facturent en plus des coûts additionnels au porteur du projet, comme le diagnostic carbone ou les frais administratifs, ce qui ne se reflète pas forcément dans le prix du crédit mais pèse sur la viabilité économique du projet.
Le détail de la répartition entre prix de vente final et part reversée au porteur de projet est traité dans notre article pilier, section "Où va l'argent que vous dépensez".

III. Pourquoi un crédit carbone agricole est-il plus cher qu'un crédit carbone forestier ?
D'après l'état des lieux d'Info Compensation Carbone, dans le cadre du Label bas-carbone, le prix moyen d'un crédit forestier (méthode Boisement ou Reboisement) oscillait entre 30 et 35€ en 2021-2022, tandis que le prix moyen d'un crédit agricole (méthode Grandes Cultures et CarbonAgri) se situait plutôt entre 40 et 50€ sur la même période. Contrairement à ce que pensent certains acheteurs, le prix d'un crédit agricole n'est donc pas deux fois plus cher qu'un crédit forestier, même s'il reste dans la plupart des cas plus élevé. Comment expliquer cet écart, sachant qu'il s'agit du même standard et de la même zone géographique ?
La première explication réside dans le fait que le prix minimum du crédit pour assurer la viabilité du projet est supérieur pour les projets agricoles, et cela pour deux raisons.
Des investissements plus élevés
La mise en place de pratiques d'agriculture régénératrice favorisant le stockage du carbone dans les sols implique d'investir dans des machines agricoles spécifiques : un semoir de semis direct à disque ou à dent pour arrêter le travail du sol ou semer dans un couvert végétal permanent (jusqu'à 120 000€ pour un semoir neuf selon la technologie), une trémie pour localiser l'engrais au semis et réduire les émissions liées à la fertilisation, ou encore un pendillard avec patins pour réduire les émissions liées à l'épandage d'engrais organiques liquides.
Un coût de certification plus élevé
Pour faire labelliser un projet agricole avec la méthode Grandes Cultures, il faut réaliser le diagnostic carbone de la ferme : une comparaison entre une situation de référence, basée sur les pratiques des 3 années précédentes, et les pratiques du scénario projet, sur une durée de 5 ans. Ce potentiel est calculé à partir de données d'entrée et de 45 pages de formules détaillées dans la Méthode Grandes Cultures, validées par l'ADEME, l'INRAE, Arvalis Institut du Végétal et les interprofessions agricoles. Étant donné la complexité de ces formules, les développeurs de projet doivent utiliser un logiciel de diagnostic carbone certifié conforme, dont le coût d'une licence annuelle avoisine 200€ HT, soit environ 1000€ sur la durée du projet (5 ans). Les méthodes de calcul forestières, plus simples, ne nécessitent pas ce type de logiciel payant.
Les projets agricoles du Label bas-carbone (méthodes Grandes Cultures et CarbonAgri) durent 5 ans, contre 30 ans pour les projets forestiers (méthodes Boisement et Reboisement). Or les deux types de projet prévoient un audit au bout de 5 ans : le nombre d'audits est donc similaire entre un projet agricole et un projet forestier, alors que la durée d'un projet forestier est 6 fois plus longue et génère en général davantage de crédits carbone. Étant donné la granularité supérieure des informations à vérifier pour les projets agricoles, le coût de l'audit (environ 1000 à 1500€) y est également légèrement supérieur.
Enfin, la seconde explication tient au fait que les crédits générés par les projets agricoles du Label bas-carbone sont des crédits ex-post, tandis que ceux des projets forestiers sont des crédits ex-ante. Les crédits agricoles ont donc été vérifiés et correspondent à des réductions qui ont effectivement eu lieu, alors que les crédits liés à la plantation d'un arbre sont délivrés avant même que l'arbre n'ait poussé, sur une durée de 30 ans. Dans son guide sur la compensation volontaire (page 11), l'ADEME recommande d'ailleurs, de manière générale, de privilégier l'achat de crédits carbone ex-post.
Notre mission chez ReSoil
Favoriser la transition vers une agriculture durable pour la planète, viable pour les agriculteurs et comprise par tous, c'est la mission de ReSoil. En travaillant en direct avec les agriculteurs, en étant l'unique intermédiaire entre eux et l'entreprise partenaire, nous reversons au minimum 75% du prix de vente final du crédit carbone à l'agriculteur, sans aucun frais avancé de sa part, que ce soit pour le diagnostic ou pour l'audit.
En 2026, ReSoil accompagne plus de 800 agriculteurs partout en France, avec un prix de vente des crédits carbone compris entre 38 et 55€ HT selon le projet et ses co-bénéfices environnementaux.





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